13 - Ah bah ça alors...
Ces derniers mots m'avaient accompagnés sur une bonne partie du chemin. Quand je passais le portrait de la grosse dame, je vis Mary à une table, certainement en train de faire ses devoirs. J'avais depuis longtemps baissé les bras. La quantité de travail en septième année était énorme, et avec les entraînements, j'étais exténuée. Je continuais directement jusqu'à mon dortoir où je trouvais les trois dindes à glousser sur Potter. C'est normal, je tachais de l'oublier alors il fallait que ces cruches en parlent. Qu'elles parlent de ses lèvres et son sourire, de ses yeux si inexpressifs en tant normal mais qui devaient être magnifiques lorsque le désir le submergeait… Heureusement elles se couchèrent tôt afin d'éviter 'les cernes de fatigue' comme elles disaient. Quand Mary remonta enfin, elle vit que je ne dormais pas. Elle vient s'asseoir sur mon lit. Je fermais les rideaux, avant de lancer un sort d'insonorisation pour pouvoir lui expliquer tout.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis ce baiser. Je n'allais plus aux cuisines le soir, je ne me retrouvais jamais seule. En gros, j'évitai toute possibilité d'être seule avec Potter. Ce matin, je m'étais réveillée tôt mais je restais au lit hésitant entre faire mes devoirs et assister au match Poufsouffle-Serpentard. Je n'avais toujours pas pris de décision quand Mary passa la tête entre les rideaux pour me demander d'aller manger. Je ne parlais pas, alors qu'elle faisait la liste de tout ce qu'elle voulait faire aujourd'hui. A aucun moment elle n'avait prévu d'aller voir le match. Logique puisqu'elle n'appréciait pas ce sport, qu'elle jugeait barbare. Et au vu du nombre de fois où elle m'avait retrouvé étendue à l'infirmerie après un match, je ne pouvais pas dire le contraire.
A la table du petit déjeuner, je dévorais tout ce qui se trouvait à portée de bras puis mon regard fut attiré derrière Mary, à la table des serpentards, ou plus exactement sur Potter. Son regard était posé sur moi mais semblait absent. Mon cœur bondit dans ma poitrine, je ne pus m'empêcher de sourire en sentant mon cœur et mon corps réagir. Il me répondit d'un faible sourire avant de se lever. Je le vis poser une main sur l'épaule de Black qui avait levé la tête en le sentant partir. Il lui dit quelque chose à l'oreille avant de sortir de la Grande Salle. Sans comprendre pourquoi, je coupai Mary dans son monologue que je n'écoutais plus depuis quelque temps maintenant, pour lui dire que je revenais. Je sortis de la Salle et vis un peu plus loin Potter. Il me sourit et me fit signe de le suivre. C'est ainsi que je me retrouvais seule avec Potter dans une salle de cours vide, le cœur battant comme un fou dans ma poitrine. Je venais de me jeter dans la gueule du loup. Je l'avais évité pendant trois semaines pour finir par le suivre de mon plein gré.
- Pourquoi m'évites tu ?
- Je ne t'évite pas.
- Ai au moins le courage de me le dire dans les yeux ! s'écria t il.
- Je ne t'évites pas, répétais je.
- Menteuse !
- …
- Réponds moi… s'il te plait.
- Je suis perdue ! Pendant 6 ans, tu as fait de ma vie un enfer. Et maintenant tu me souris, tu me fais rire… tu m'embrasses, dis je dans un murmure.
- J'ai changé. Je…
Il semblait lui aussi perdu. Il ne cessait de passer sa main dans ces cheveux, il ne tenait pas en place. Nous étions tous les deux dans le même état, nous étions tous les deux dépassés par cette nouvelle proximité entre nous. Il faisait les cent pas pendant que j'admirais sa démarche quand d'un coup, il fit volte face et vint se placer juste devant moi.
- Tu accepterais d'aller à Pré Au Lard avec moi le weekend prochain ?
- Black va en faire une crise cardiaque !
- Le dimanche, rien que tous les deux. Laisses moi une chance de te montrer que je ne suis pas aussi méchant que ça.
- …
- On ira en ami, et tu me donneras ta réponse au bal d'Halloween.
- Ma réponse ? demandais je perdue. Quelle réponse ?
- Si tu veux bien sortir avec moi.
J'hallucinais, James Potter était tout rougissant devant moi. Je me sentais flattée, mais aussi effrayée… Tout un tas de sentiments et d'émotions affluèrent en moi. L'un des gars les plus courtisés de Poudlard se tenait devant moi, attendant de ma part une chance de prouver qu'il était autre chose qu'un crétin prétentieux et arrogant.
- James Potter qui demande à une fille de sortir avec lui !!! Je croyais que tu ne t'abaissais jamais à demander, que tu te contentes de prendre ce qui t'es proposé, c'est-à-dire toutes les filles de Poudlard !
- Pas toutes…
- … d'accord mais plus de baisers pour influencer ma réponse ! dis je le menaçant de mon index droit alors que je ne pouvais réprimer un grand sourire.
- Ok, si tu m'en fais un pour m'encourager pour mon match de cet après midi, me dit il tout en s'approchant.
Il avait retrouvé son assurance, ainsi que son sourire charmeur. Qu'il était beau ! J'avais les joues en feu surtout quand je pris conscience que loin de le repousser, je me collais à lui de mon plein gré. Et ses lèvres, par Merlin, je savais déjà quelle réponse je donnerai dans 2 semaines… Je ne pouvais plus me passer du trouble qu'il créait en moi mais je n'allais pas lui rendre la tache facile. Je revivais en boucle cette scène l'après midi en assistant au match. Bah quoi ? Pas moyen de me concentrer alors autant regarder un match de Quidditch !
Halloween est par définition une fête typiquement sorcière. Pour cette raison un bal était organisé tous les ans où seuls les 5, 6 et 7èmes années participaient. Afin d'éviter la prolifération de princesses et de pirates, le directeur n'avait rien trouvé de mieux d'imposer un tirage au sort du déguisement. Lors de la sortie à Pré Au Lard précédent le bal, nous étions chargés d'aller récupérer nos tenues dans une boutique du village.
L'année dernière, j'avais dû me déguiser en 'Nathanael Pudbec'. Cet homme était un des fondateurs d'une société sorcière du fin fond de l'Ecosse. Il était connu pour son manque d'hygiène et l'odeur pestilentielle qu'il dégageait. Je ne fus donc pas surprise de découvrir qu'en plus des vêtements hideux, une odeur m'accompagnait partout. Par un excès de fierté, j'étais tout de même allée au bal où j'eus rapidement envie de m'éclipser. Mais les Maraudeurs en avaient décidés autrement :
- Tu pars déjà, Evans ? m'avait demandé Potter d'une voix doucereuse en me retenant par le poignet.
- Ca peut te faire ?
- Il serait dommage qu'un père fondateur tel que toi parte si tôt !
- C'est bon, vous avez gagné.
- Tu abandonnes ? Bah alors ça, une poule mouillée dans la maison des chatons ! s'exclama Potter en riant. »
Mon déguisement était en tweed, avec des motifs et des couleurs plus moches les unes que les autres. L'odeur commençait à me soulever le cœur et être chahutée par eux n'arrangeait rien à mon mal être. Il riait à gorge déployée devant moi dans leur costume de mousquetaires. Je me sentais sur le point de pleurer pour la première fois devant eux. Jusqu'à…
- James, j'avoue que ton idée était géniale ! Meilleure que l'année dernière.
Je me figeai, comprenant toute la portée de ses paroles. En cinquième année, j'avais cru avoir joué de mal chance. J'avais tiré le déguisement de sorcière version moldue. Je me retrouvais affublée d'une tenue noire trop grande pour moi, avec un chapeau pointu et la verrue sur le nez. Le contraste avec ma peau blanche, mes cheveux roux et mes yeux verts était effrayant. Tout le monde avait ri à mon passage, en particulier les Maraudeurs. En vérité, ce n'est pas le sort qui s'était acharné contre moi mais eux, enfin lui !
- Vous avez truqué le tirage au sort pour moi ?! C'est pour cela que je suis la seule à avoir des déguisements aussi… aussi...
- Uniques…
- Amusant…
- Originaux…
- Distrayant.
J'avais réussi à m'enfuir, en pleurant. Ils ne m'auront jamais laissé en paix. M'humiliant à chaque possibilité. La semaine suivante, je lançais tous les sorts que je connaissais sur eux. Dès que l'un d'entre eux apparaissait dans mon champ de vision, il se retrouvait tout de suite avec un sac qui craquait, un croque en jambe qui le faisait s'étaler au milieu du couloir sous le regard de tous les élèves ou que sais je encore. Mais ce fut bien évidemment Potter qui prit plus cher.
Nous étions en cours de Potion. Entrain de concocter une potion d'énergie (pour les lendemains de soirées, c'est très utile), quand je réalisais qu'en ajoutant une griffe de lapin-garou, on obtenait un puissant repousse-dragon. Et oui, il s'agit là d'une science exacte et une petite erreur d'inattention peut coûter cher… surtout quand quelqu'un doit se venger de vous ! Après avoir ajouté discrètement la griffe, je simulais une chute renversant négligemment le chaudron sur lui. L'odeur fortement désagréable resta collée à lui pendant plus d'une semaine. Les filles n'osaient plus l'approcher et certains 'accidents' que j'eus ensuite me prouvèrent que les Maraudeurs connaissaient la coupable de tous leurs malheurs. Mais moi, j'avais eu ma vengeance.
J'eus l'impression que la semaine ne passerait jamais. Mary qui était bien sur au courant de tout, tentait de me changer les idées mais mon esprit revenait toujours sur le sujet. Le samedi, nous nous baladâmes à Pré Au Lard après avoir récupérer nos déguisements. J'avais juste vu l'intitulé sur le papier que j'avais tiré de l'urne mais pas assez de courage pour regarder à quoi ressemblait ma tenue. Je ne savais pas encore si les Maraudeurs avaient encore eu une super idée pour moi. Sympathiser avec Potter n'incluait pas ses copains et donc des mauvais tours pouvaient toujours me tomber dessus. De plus, j'avais très clairement dit ne pas vouloir mettre les autres au courant donc… Peut-être s'était il confié à eux… Après tout, je le faisais bien avec Mary… Non, je préférais ne pas savoir pour le moment…
Mary avait voulu acheter un bijou à sa mère pour son anniversaire, nous étions donc dans la petite rue de la joaillerie quand une scène me glaça le sang. Potter, nonchalamment appuyé contre un mur, faisait face à une fille de son fan club. Il avait un petit sourire en coin et je la vis passer la main dans ses cheveux pour les ébouriffer plus qu'ils ne l'étaient déjà. Je sentis le sol s'ouvrir sous mes pieds. Mon envie de vomir s'intensifiait. Mary posa sa main sur mon bras, je retournais le regard vers elle. Ses yeux sondaient les miens pour savoir ce qui se passait dans ma tête. Mais rien ne s'y passait ! Je me sentais révoltée, et encore dégoûtée. Je m'étais fait leurrer encore une fois. Mais sa gêne, avant le match, elle semblait si vraie…
Nous continuâmes notre chemin. Aucun des deux ne nous avait vu. Je passais en revue tous les coups tordus que je pourrais lui faire pour me venger de cet affront. Je n'irais pas demain avec lui. Je…

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