23 - L'Enfer Est Sur Terre
Cela faisait maintenant plus de deux semaines que le bal de la St Valentin avait eu lieu et Melody ne décolérait pas. Tous les soirs, ou même dans la journée, j'avais le droit à des piques de sa part. Elle n'hésitait pas à me jouer des tours. Je n'osais en parler à James. Déjà de peur d'être ridicule, après tout je devais être capable de m'en sortir par moi-même mais aussi par fierté. Si seulement elle avait été la seule, mais non, toutes les filles de l'école semblaient m'en vouloir à mort. Ses mêmes filles qui m'avaient fait des cadeaux début novembre, m'envoyaient dorénavant des menaces.
Un jour, alors que nous révisions à la bibliothèque avec Rémus, il s'absenta pour aller chercher un livre dont nous avions besoin pour nos devoirs. Des filles entrèrent dans la bibliothèque et se dirigèrent droit sur moi dès qu'elles me virent. Je les entendais déjà m'injurier, m'accuser d'avoir lancer un sort à leur Jamesie. Arrivées enfin à mon niveau elles se penchèrent pour regarder sans doute ce que j'écrivais. Je les ignorais autant qu'il m'était possible, priant silencieusement que Rémus revienne vite. Je ne vis pas la main de l'une d'entre elle s'approcher de mon encrier dans l'unique but de le renverser sur notre copie commune. Puis elles partirent sans qu'aucun mot ne soit prononcé. Je regardais toujours ma copie quand Rémus revint, enfin. Je me levais poussant sans délicatesse ma chaise, faisant racler les pieds par terre m'attirant le regard réprobateur de la bibliothécaire. Les larmes aux yeux je rangeai toutes mes affaires et lui disais que je finirais tout dans mon dortoir. Je partis presque en courant vers la tour Griffondor, les yeux humides et la mâchoire serrée douloureusement.
De même, un matin où j'étais particulièrement en retard à cause de Melody qui avait caché mes vêtements, j'arrivais en courant dans la grande salle pour mon petit déjeuner. Déjà particulièrement énervée par le mauvais tour de la dinde en chef, je ne savais pas que ce n'était pas fini. Des groupies des Maraudeurs m'avaient stupéfixé sur mon banc, avaient renversé la carafe de jus de citrouille sur moi puis avaient émietté des croissants sur moi. Je ne ressemblais à rien. Une fois seule dans la grande salle, je dus attendre encore quelques minutes avant que le sort ne prenne fin. Je commençais alors à pleurer la tête posée sur mes bras incapable de faire quoique ce soit d'autre.
Cela n'avait pas été les seuls mauvais tours dont je fus victime mais ce sont les premiers qui me viennent là à l'esprit. L'annonce de notre couple devait nous rendre la vie plus facile mais en réalité je n'en devenais que plus taciturne. Je ne sortais de mon dortoir que pour manger, aller en cours ou voir James. Et encore, les devoirs se faisaient de plus en plus durs et longs. Nous nous voyions de moins en moins en tête à tête tous les deux mais il avait remarqué mon humeur et je prenais comme excuse la charge de travail et la fatigue qui en découlait.
Au début du mois de Mars, le match contre Poufsouffle avait lieu. Je l'attendais avec impatience pour pouvoir me décharger de toute cette tension que j'accumulais maintenant depuis quelques semaines. J'avais quitté Mary après le repas du midi. Sur le chemin, j'avais croisé James qui m'avait encouragé avant de m'embrasser avec une douceur qui faillit m'enlever toute envie de me battre… Dans le vestiaire après nous être changé, nous écoutions Tom. Il était avec Mary depuis la saint Valentin, ils ne se quittaient plus et j'avais été jalouse, quand j'avais appris qu'elle viendrait assister au match après qu'il lui ait demandé. Elle ne l'avait jamais fait pour moi !!! Préférant aller à la bibliothèque, elle me demandait par contre tous les détails à mon retour. Elle avait trop peur pour moi sur mon balai, à me voir voler à toute allure derrière le vif d'or. Et là…
Le match se déroula bien. Les poursuiveurs enchaînaient les buts et de mon coté je regardais partout à la recherche du Vif. Les cognards volaient dans tous les sens et touchèrent quelques joueurs de l'équipe adverse. Je trouvai en premier le Vif et alors que je le suivais, je passai au dessus des gradins des Griffondors. Mary n'y était pas. A mon deuxième passage, je la cherchais avec plus d'impatience… Elle n'était pas là ! J'accélérais l'allure et attrapais enfin le Vif d'or après avoir quelque peu malmené mon homologue poufsouffle. Des cris de joie s'élevèrent des gradins de ma maison tandis que les autres retournaient tranquillement vers le château, en commentant le match. Les Griffondors descendirent enfin des gradins pour me féliciter par des tapes amicales sur l'épaules ou par quelques mots. Je m'attendais à voir James venir lui aussi me féliciter mais rien. Mais où était il ? Je me sentais de plus en plus oppressée, surtout quand je vis Tom lui aussi regarder autour de lui. Pourquoi étaient ils absents ? D'un coup, la foule se sépara devant nous pour laisser passer un cinquième année.
- Le professeur McGonnagal m'a demandé de venir te chercher Evans.
- Pourquoi ? demandais je hésitante.
- Je dois juste te dire d'aller à l'infirmerie.
- Mary…
- Oui, elle y est…
- Par Merlin, s'écria Tom pâle.
Je bousculais tout le monde suivit de près par Tom. Nous courions aussi vite que possible, glissant parfois lorsqu'il nous fallait tourner. Mon esprit tentait de rester calme mais je me sentais paniquée. Qu'avait elle donc bien eu pour qu'elle ne vienne pas nous voir jouer… Surtout que peu de temps avant elle nous assurait qu'elle serait la première dans les gradins. Arrivés devant la porte de l'infirmerie, nous hésitâmes. Qu'allions nous trouver de l'autre coté de la porte ? J'inspirais un grand coup, et saisis la poignée. Nous avançâmes doucement vers le lit où elle se trouvait. De loin elle paraissait faible mais une fois à son chevet l'impression s'intensifia. Tout d'un coup, une main sortie de nulle part me toucha l'épaule.
- Melle Evans, votre amie a fait une grosse crise d'asthme. Savez vous pour quelle raison ?
- Non, quand nous l'avons quitté, elle allait très bien.
- C'est une chance que des élèves l'aient trouvé et qu'ils me l'aient porté aussitôt.
- Qui ?
- Je ne sais pas. J'ai juste vu des capes sortir précipitamment de l'infirmerie… J'ai préféré m'occuper d'elle que de chercher à savoir qui ils étaient.
- Oui, bien sur.
Tom était resté muet durant tout l'échange. Il fixait Mary comme s'il cherchait à entrer en communication télépathique avec elle et savoir la cause de tout cela. Notre belle victoire venait d'être entachée. Sans un mot nous nous installâmes tout près d'elle pour attendre son réveil. Ce ne fut qu'au moment du dîner que l'infirmière nous demanda d'aller manger et de revenir après jusqu'au couvre feu si nous le désirions. Nous arrivâmes dans la grande salle où tout le monde mangeait déjà. Je jetais un coup d'œil à la table des serpentards où je vis James en pleine discussion avec le reste des Maraudeurs. Je m'installais en face de Tom avec vue sur Potter, j'aurais aimé le voir et me cacher dans ses bras… Le repas finit, je me levais et remarquais qu'il n'était plus à sa place… Nous retournâmes à l'infirmerie où Mary semblait nous attendre. Après les baisers d'usage, et un raclement de gorge de ma part, elle prit enfin la parole.
- Après vous avoir quitté, je suis retournée au dortoir pour prendre mon écharpe et un pull pour le cas où le match aurait duré plus longtemps que prévu… Et au détour d'un couloir j'ai reçu un sort dans le dos… Je ne sais pas qui l'a lancé… J'ai paniquée et j'ai fait une crise d'asthme… Après tout ce dont je me souviens c'est de m'être réveillée à l'infirmerie…
- Si au moins on savait qui t'a lancé ce sort… Murmura Tom.
- Oui… Peut être que ceux qui t'ont aidé à venir ici le savent…
- Le problème est que je ne me souviens pas qui m'a aidé… chuchota Mary les yeux baissés.
- On trouvera bien quelque chose ! Bon maintenant que je sais que tu vas mieux je vais aller me coucher… Bonne nuit tous les deux.
De retour dans la Tour Griffondor où tous les élèves étaient réunis et fêtaient à leur façon la victoire de notre équipe, je me dirigeai tout de suite vers mon dortoir ou plus exactement mon lit. Je m'allongeais tout habillée et fixais le plafond. Trop de questions tournaient dans ma tête et même une fois la fête finie je ne réussis point à m'endormir. Qui pouvait avoir attaqué Mary ? Elle était calme et douce. Je ne lui connaissais aucun ennemi. Etait ce parce qu'elle était mon amie ? Qui pouvait l'avoir aidé ? Et surtout pourquoi avaient ils caché leurs noms ? Et puis il y avait aussi le mystère James Potter. J'aurais pensé qu'il serait venu me voir au moins pour me féliciter. Il avait dû remarquer que Mary n'était pas avec nous… Je me sentais seule, malheureuse et abandonnée. Alors que je regardais pour la nième fois ma montre, je sortis du dortoir et sans même m'en rendre compte je quittais ma salle commune. Mes pas me guidèrent vers la cuisine, j'avais besoin d'un remontant. En me glissant de nouveau sous la couette, je sus que la nuit allait être longue.
Le lendemain matin, je fus bien évidemment une des premières debout, une des premières dans la Grande Salle, une des premières à manger. Etre levée un dimanche matin à 7h du matin semblait un exploit mais je n'avais pas le cœur à rester couchée. J'étais plongée dans la contemplation de mon bol quand je vis une ombre se former. James se tenait en face de moi, les mains appuyées sur la table, il me demanda de le rejoindre dans la salle sur demande dans une heure. Quelque chose dans son expression me troubla, un nœud se forma à l'estomac…
Après mon petit déjeuner, je passai à l'infirmerie pour savoir comment allait Mary. L'infirmière m'apprit qu'elle sortirait sans doute pour le repas de midi. En voilà, une bonne nouvelle ! Tout à notre conversation, je faillis oublier l'heure et je couru donc jusqu'à mon rendez vous. J'avais réussi à me persuader que mon trouble ne venait que de ma mauvaise nuit… Malheureusement, j'eu la confirmation que je n'avais pas rêvé le problème quand je vis que la salle sur demande avait l'air d'une salle de cours désaffectée… James me tournait le dos, je m'approchais de lui en silence avant de poser une main sur son épaule.
- Lily !
- Mary va sortir de l'infirmerie ce midi, je suis tellement contente qu'elle n'ait rien de grave.
- Oui, une chance…
- Je serais curieuse de savoir ce qui c'est passé exactement.
- …
- James, qu'y a-t-il ?
- Je…
Son regard était dur, il fixait un point derrière moi et plus le silence s'éternisait plus je me sentais mal. Pourquoi ne me prenait il pas dans ses bras ? Pourquoi ne m'embrassait il pas ?
- Pourquoi ne t'ai-je pas vu hier soir ?
- J'étais occupé.
- Oh…
- … Lily… Voilà, ça fait quelques jours que j'y pense et…
- Quoi ? couinais je sentant les larmes me monter aux yeux sans raison apparente.
- Nous deux… C'était une mauvaise idée.

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