19 - L'Agression

J'avais passé tout mon dimanche à pleurer, à hurler. Kate était venue dans ma chambre au bout d'un moment pour voir si je n'avais rien de mal.

 

- A pousser des cris comme ça, je commençais à croire que quelqu'un essayait de te faire épouser Rogue !

- C'est pas drôle, Kate !

- Personne n'a dit qu'épouser Rogue serait drôle ! dit elle en s'asseyant en tailleur sur le lit à coté de moi.

- KATE !

- Quoi ?

- Quoi ? Tu oses me demander quoi ?

- …

- Tu n'étais pas là samedi soir ?

- …

- Tu sais à l'anniversaire de Rémus… Celui qui est ton petit ami…

- Lily, calme toi.

- Me calmer ?!

- C'est pour ton bien qu'ils font ça… Dit elle d'une voix douce.

- Parce que tu prends leur défense maintenant ?!

-…

- Sympa la copine ! 

 

Je m'étais alors levée du lit où j'étais allongée, pour me diriger d'un pas rageur vers la cuisine. Je n'avais pas mangé de la journée et mon estomac me faisait mal. Bien évidemment, elle me suivit, tentant toujours de me calmer.

 

- Lily, écoute moi.

- Vas y. Explique moi pourquoi il ne veut plus de moi ?

- Lily…

- A vrai dire, il n'a jamais voulu de moi ! Dis je avec un petit rire nerveux. Je ne dois pas être assez bien pour passer dans son lit.

- Lily, la vulgarité ne te va pas du tout ! Cesse donc de faire ta gamine et réfléchis.

- Tiens, ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas traité de gamine ! Les Maraudeurs commencent à déteindre sur toi !

- Silencio !

- … 

 

Cette traîtresse venait de me jeter un sort pour que je ne puisse plus émettre de son !!! Elle avait intérêt à me l'ôter vite fait sinon je ne donnerais pas cher de sa peau !

 

- Je suis désolée Lily, mais tu ne m'as pas laissé le choix.

- …

- Je disais donc, réfléchis un peu.

- …

- Ce gars en a après James. Tu l'as bien vu. Même son chef, là… le sieur Voldemort, il lui a fait passer un message.

- …

- Lily, James est la cible d'un détraqué ! Tu crois vraiment que ça lui a fait plaisir que tu sois là alors que Moore était là lui aussi !

- …

- Et puis tu as bien entendu sa dernière phrase… Lily, James craint qu'ils ne s'en prennent à toi pour le faire plier. 

 

Durant tout son monologue j'avais serré la mâchoire. Ce qu'elle disait se tenait debout à un détail près : je n'étais rien pour James. Lorsqu'elle me demanda si elle pouvait lancer le sort sans que je lui hurle dessus, je hochais vigoureusement la tête.

 

- Tu as oublié quelque chose de très important dans ton raisonnement.

- Ah oui, et quoi donc ?

- Je ne suis rien pour Potter.

- Lily ! Tu es donc la seule qui ne voit rien ?

- Et je ne vois pas quoi ?!

- Tu es sa faiblesse, Lily.

- …

- Il était à l'autre bout de la salle, mais il n'a pas hésité à te rejoindre.

- Il voulait faire face à Moore. Ma présence n'était que pure coïncidence !

- C'est pour cela qu'il t'a placé derrière lui ! Ouvre les yeux ! 

 

Ses arguments se tenaient, mais une petite voix au fond de moi me disait de ne pas plier. Je ne pouvais être sa faiblesse. Je ne voulais pas de ce rôle. Je voulais bien être sa force mais pas son talon d'Achille. Et encore… Serais je un jour sa force ? Mon cœur se serra. Non, je ne le serais sans doute jamais, je l'avais trop blessé au mois de juin.

 

Les jours suivant ainsi que les semaines se passèrent à un rythme effrayant. Je m'étais totalement immergée dans mes études, je sortais tous les vendredis avec des étudiants de l'école, parfois d'autres facultés. Nous allions dans des bars, dans des boites de nuit, mais à chaque fois je ressentais un vide. James… Je ne pouvais oublier, l'oublier.

 

Un soir, alors que Rémus et Sirius étaient passés à l'improviste comme ça leur arrivait bien souvent, j'avais eu le droit à deux sermons. Sirius avait ouvert le bal tandis que je surveillais la cuisson de notre dîner et que les deux autres se bécotaient sur le divan.

 

- Lily, je suis désolé que tu ais entendu notre conversation…

- Moi, je trouve que c'est très bien.

- Petite Fée, il a dit cela sur le coup du stress.

- …

- Tu sais, Moore n'est pas un enfant de cœur.

- Qu'essaies tu de me dire, Sirius ?

- Fais attention à toi et au moindre truc bizarre autour de toi, préviens nous.

- Sirius, ce type n'a aucune raison de s'en prendre à moi ! m'écriais je. 

 

J'avais alors quitté précipitamment la cuisine. Me calant dans le canapé et tachant d'oublier les paroles de Sirius. Pourtant cela m'avait profondément troublée. Il avait été la deuxième personne à me servir ce discours… Et il ne fut pas le dernier puisque à peine une heure plus tard, Rémus attaqua à son tour.

 

- Petite Fée ? Puis je te parler ?

- Bien sur, Rem' !

- James…

- Quoi encore ?! hurlais je. Il ne veut pas de moi dans sa vie ! 

 

Des larmes étaient apparues au coin de mes yeux. Ne pouvaient ils pas me laisser tranquille ? Je voulais passer pour retourner près des autres mais il me retint par le bras.

 

- James a peur pour toi. Il ne veut pas que quelque chose t'arrive, tu sais. Moore l'a menacé à plusieurs reprises mais tant que c'était lui la cible, cela ne le gênait pas. A mon anniversaire, il a compris qu'il ne supporterait pas qu'il s'en prenne à toi. 

 

Je me dégageais pour m'enfermer dans ma chambre. J'avais évité, par la suite, de les croiser. Je voulais faire mon deuil de cette relation qui venait d'être tuée dans l'œuf. J'avais organisé de plus en plus de sortie avec d'autres étudiants, je rentrais tard de la bibliothèque. Je ne voyais plus Kate, je ne voyais même plus le soleil à ce rythme là.

 

Nous étions dans la deuxième partie du mois d'octobre. La douleur sourde qui m'avait rongée depuis l'anniversaire de Rémus avait disparu, laissant place à de l'amertume. Halloween approchait. C'était la fête sorcière par excellence et bien sur, une soirée était organisée par des élèves des promotions supérieures. Avec Karen, nous étions en ce samedi sur le Chemin de Traverse pour trouver notre tenue.

 

Une nymphe. Voilà en quoi je voulais me déguiser. Malheureusement trouver le déguisement semblait très dur… Par contre, il était facile de devenir une princesse, un ange ou une fée… Une fée, pourquoi pas ? Une brusque mélancolie me submergea.

 

- Oh regarde ce chandail, Lily !

- Moui.

- Tu n'aimes pas ?

- La couleur. Pas terrible.

- Je vais l'essayer.

- …

- Tu rentres avec moi ?

- Non je vais t'attendre dehors, dis je la tête ailleurs. 

 

Je la vis entrer avant de replonger dans mes pensées. Elles dérivèrent dans un premier temps sur les devoirs qu'il me restait à faire. Puis sur Alex qui sortait depuis peu avec une étudiante et qui avait donc cessé tout harcèlement à mon encontre. Ce jour là, j'avais même été tentée d'aller la voir pour la remercier. Je m'étais ressaisie, cela aurait sans doute été mal vu.

 

Je poussais un soupir. Comme à l'habitude, j'en vins à penser à James. Que faisait il ? Où était il ? Pensait il lui aussi à moi ? Là devant cette vitrine, je fixais maintenant la pointe de mes chaussures. Je sentais ma gorge se nouer. Il me fallait trouver un moyen de changer de sujet. Je fis quelque pas dans la rue pour atteindre la librairie. Les bouquins, mes meilleurs amis en ce moment…

 

Je regardais par la vitre les nouveautés parues. Beaucoup me semblaient particulièrement intéressantes… Des cris se firent entendre derrière moi mais dans un premier temps je n'y prêtais pas réellement d'importance. Ils ne s'arrêtaient pas, du coup, je me retournais afin de découvrir la raison de cette agitation.

 

A deux magasins de moi se tenaient trois hommes avec des capuches, tout de noir vêtus. Pour avoir lu les dernières actualités, je savais exactement quel genre de personne se trouvait devant moi. Ils s'approchaient de moi, je sentais la panique monter et les paroles de Sirius résonner dans ma tête. Deux d'entre eux n'hésitaient pas à jeter des sorts aux passants qui n'avaient eu le temps de se mettre à l'abri mais le troisième ne me quittait pas de vue. J'étais très clairement la cible. Et je le reconnus immédiatement quand il s'arrêta devant moi…

 

- Tiens mais qui voilà !

- …

- Potter doit être dans les environs alors… dit il en regardant autour de nous.

- …

- Ca m'étonnerait qu'il t'ait laissé seule… 

 

Moore. Il m'avait saisi par le menton pour m'obliger à le regarder. J'étais tétanisée, incapable de parler mais aussi de me défendre. Puis une idée me vint. Les aurors avaient du être prévenus de cette attaque, il me fallait gagner du temps… Comment ?

 

- Pourquoi Potter serait ici ? 

 

J'avais essayé de parler d'une voix claire et forte mais j'étais quasiment sure d'avoir échoué dans mon effet. Au moins, je ne ressemblais plus à un animal mort de peur devant un chasseur sanguinaire. Je soulevais le menton pour me dégager de sa main et le relevais dans une attitude de défi.

 

- J'ai bien vu comment il t'a protégé. Tu as de l'importance pour lui.

 - Autant qu'une vieille chaussette sale et trouée ! 

 

Il avait dit exactement ce qu'il ne fallait pas. Dès que quelqu'un sous entendait devant moi, qu'il tenait à ma petite personne, une boule de rage montait et je risquais d'éclater à tout moment. Sans le vouloir, il venait de me donner le coup de pied aux fesses dont j'avais besoin pour lui faire face.

 

- Tu connais beaucoup d'hommes qui ferait ce qu'il a fait pour 'une vieille chaussette sale et trouée' ?

- Tu connais beaucoup d'hommes amoureux qui partiraient deux ans sans donner de nouvelles ? Qui après toute cette absence, laisseraient leur 'aimée' dans un bar entouré d'hommes ivres et sexuellement excités ?

- HAHAHAHA… Je vois que ce Potter n'est pas le saint que je croyais ! 

 

Durant son rire, j'avais eu le temps de voir des ombres bouger derrière les trois hommes. J'espérais que c'était la cavalerie parce que je ne savais pas ce que Moore avait en tête et quand il comptait le faire. Ma seule certitude était que ce ne serait pas une partie de plaisir… pour moi.

 

- Bon assez causé, revenons à nos moutons.

- Potter n'est pas là. Essayez au bureau des aurors à cette heure ci, il doit y être encore.

- Te moques pas de moi ! s'écria t il en me prenant à la gorge.

- Je n'oserais pas… 

 

Il fallait à tout prix que je me taise !!! Il prenait mes phrases pour des piques alors que c'était la pure vérité. J'avais laissé tomber mes sacs et posé mes mains sur ses poignets pour le faire lacher mon cou. Mais rien à faire… Et plus je forçais, plus il serrait…

 

Je commençais à voir trouble quand je l'entendis murmurer à mon oreille :

 

- Il a tué mon père… A mon tour de tuer un de ses êtres chers… 

 

Je tombais doucement dans l'inconscience incapable de me battre plus. Je sentis sa main quitter ma gorge. L'espoir revenait mais il fut bref :

 

- Endoloris

 

Une douleur puis plus rien.

 

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Article ajouté le 2008-10-18 , consulté 362 fois

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