20 - Pas A Pas
Tout d'abord je sentis mon corps. La moindre parcelle de mon corps était courbaturée. Je voulus bouger la main mais une douleur remonta le long de mon bras me décourageant. Une fois calmée, je retentais l'expérience avec un doigt. Idem. Je sentis une larme perlée au coin de mes yeux fermés. Dans quel état étais je ? Quelles étaient les blessures exactes que j'avais ?
Je pleurais en silence en essayant de bouger le moins possible. Par Merlin, pourquoi fallait il qu'ils s'en soient pris à moi ? Et que s'était il passé après mon évanouissement ? Comment par chance je me trouvais toujours en vie ? Puis tout d'un coup, je me figeais. Où étais je ? J'entendis des voix au lointain, puis une piqûre dans mon bras. Je m'endormis aussitôt.
Durant mes longues périodes de sommeil, je faisais à coup sûr des cauchemars parce que je me réveillais toujours avec une peur panique qui me vrillait les entrailles. Je n'avais aucun moyen de m'en souvenir et je n'en cherchais pas réellement un. A quoi bon, je pense que je connaissais déjà l'idée principale.
Cela faisait déjà plusieurs fois que je m'étais réveillée, et que j'avais essayé de bouger mais un matin par chance la douleur fut supportable et j'envisageais alors d'ouvrir les yeux. J'avais compris depuis quelques temps que je ne me trouvais pas en territoire ennemi puisque mon état s'améliorait, c'était un bon point.
J'ouvris doucement les yeux craignant tout de même un peu ce que j'allais voir. J'allais enfin savoir l'étendue de mes blessures, combien de temps j'avais été inconsciente…
Les murs autour de moi étaient blancs, un faible bruit retentit à ma tête de lit. Une alarme. J'étais à Ste Mangouste et ce bruit prévenait les médicomages que je venais de me réveiller. J'aurais poussé un soupir de soulagement si je n'avais pas crains d'avoir mal.
- Bonjour Mademoiselle Evans, je suis le Docteur Boniface.
- B'jour, tentais je d'articuler.
- Tout d'abord ne vous affolez pas. Vous allez avoir quelques difficultés à parler, à vous mouvoir mais tout devrait revenir avec le temps.
- …
- Bon, sinon vous n'avez rien de grave. Les aurors sont arrivés à temps. Malheureusement vous étiez très faible donc nous vous avons maintenu sous coma artificiel pendant deux semaines pour que votre corps se repose.
- Quoâ ?
Les mots que je prononçais étaient déformés. Cela m'agaçait. J'avais tout un tas de questions à poser et malheureusement je n'en avais pas les moyens !!! Je le regardais d'un air suppliant, peut être comprendrait il que je voulais savoir ce qui c'était passé après… Mais il ne me raconta rien de plus que mon état de santé.
- Vous allez vous reposer et d'ici une dizaine de jours vous pourrez rentrer chez vous.
- …
- Vous vivez seule ?
- Nan.
- Très bien. Je vais laisser un mot aux infirmières pour rencontrer la personne avec qui vous vivez… En attendant vous allez dormir encore un peu, demain vous commencerez la rééducation.
La rééducation. Voilà un mot qui me fit peur. Jusqu'à quel point j'en aurais besoin ? Je ne pus me poser plus de questions, le sédatif faisait déjà effet.
Lorsque je me réveillais, je remarquais la présence de quelqu'un à mes cotés. Je tournais la tête pour découvrir Kate qui se tenait devant la fenêtre en pleine contemplation du coucher du soleil sur la ville. La pauvre avait du se faire du mauvais sang. Par chance, elle n'était pas seule, je suis sure que Rémus l'avait soutenue. Je savais que je ne pourrais pas l'appeler, ma voix étant trop faible, alors je toussais pour attirer son attention.
Quand elle se retourna vers moi, je vis très clairement qu'elle avait pleuré. Pourquoi ? Pourquoi pleurait elle ? Je ne risquais plus rien ? A moins… Le docteur m'aurait caché quelque chose de grave ?! J'esquissais un sourire en la voyant se rapprocher de moi. J'avais espéré qu'elle me sourirait en retour mais non… Elle avait maigri, des cernes lui mangeaient les joues et ses cheveux semblaient en friche.
- Ma Sorcière adorée, j'ai eut tellement peur pour toi !!!
- Faut pas, dis je d'une voix rauque.
- J'aurais du y aller avec vous…
C'était donc cela. Elle s'en voulait d'avoir préféré Rémus à notre compagnie ? De ne pas avoir été présente lors de cette attaque ? Se rendait elle compte qu'elle aurait pu y laisser la vie ? Parce que la connaissant, elle se serait défendue becs et ongles. Le Choixpeau n'a pas une seconde d'hésitation pour l'envoyer chez Griffondor ! Je soupirais.
- Non.
- Mais Lily, j'aurais pu te défendre. Tu n'aurais pas été à l'hopital…
- Et nous serions peut être mortes.
Cette phrase m'avait demandé beaucoup de concentration et de force. Je toussais fortement. L'infirmière, prévenue sans doute par le bruit, me fit boire un verre d'eau avant de me demander de rester tranquille. Elle en a des bonnes !!! Ma meilleure amie s'en veut de ne pas avoir été présente à ce qui aurait pu être notre dernier après midi shopping et je dois rester calme ?!
- Kate…
- Suis désolée…
Elle vint nicher sa tête au creux de mon cou et je compris qu'elle pleurait maintenant. Nous restâmes longtemps dans cette position, suffisamment longtemps pour que je m'endorme.
Quand je rouvris les yeux, il faisait grand jour. Kate avait disparu. Mon répit fut de courte durée. Une infirmière arriva avec un grand sourire et la ferme intention de me lever de mon lit pour prendre une douche. Elle m'aida à m'asseoir sur un siège roulant et me guida vers les douches. Quel bonheur de sentir l'eau couler sur son corps décrispant mes muscles au passage. Elle me lava les cheveux me complimentant sur eux et sur leur couleur hors du commun. Elle était d'une bonne humeur communicative, un vrai délice.
Une fois de retour dans ma chambre, je me rallongeais toujours avec son aide avant de me rendormir. Dans l'après midi, je fus réveillée par un médicomage qui se présenta à moi pour ma rééducation. La séance ne dura qu'une heure mais elle m'avait paru interminable. J'étais exténuée quand il me raccompagna à ma chambre.
En entrant, je remarquais tout de suite Rémus. Il lisait un livre avec une attention telle qu'il ne nous vit pas tout de suite. Lui aussi semblait mal au point. La pleine lune était quand ? Je le saluais, le faisant sursauter par la même occasion.
- B'jour Rem'.
- Salut Petite Fée… Kate m'a dit que tu allais bien mais je ne m'attendais pas à te voir si rayonnante.
- Flatteur.
- Oui, dit il avec un grand sourire. Comment vas-tu ?
- Bien.
- Tu as déjà commencé la rééducation ?
- Oui.
- …
- …
- Tu sais, on s'en veut tous de ce qui t'est arrivé.
'Tous' ? Cela incluait il James ? Allait il venir? S'il se faisait tant de soucis pourquoi ne l'avais je pas encore vu ? Une boule se forma dans ma poitrine. J'avais tellement besoin de lui. Je voulais plus que d'habitude besoin qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise que tout cela n'était qu'un mauvais rêve.
- Surtout James.
- Mm.
- Avec Sirius, ils se sont encore disputés à ton sujet…
- P'quoi ?
- James s'en veut. Ca lui fait dire et faire des choses stupides… Mais bon parlons de toi. Tu sais quand tu sors d'ici ?
Il resta un long moment avec moi. Il partit alors que la fatigue avait eu raison de moi. Je m'étais endormie en plein milieu de la conversation mais je savais qu'il n'en prendrait pas ombrage.
Le lendemain se fut au tour de Sirius de me rendre visite. J'avais eu ma séance de rééducation et j'avais pas mal parlé avec le médicomage. Mon débit de mots se faisait plus fluide. A la surprise de tout le monde, mon état de santé s'améliorait très rapidement. Une nouvelle qui me mettait du baume au cœur.
Je pus donc discuter avec Sirius en limitant mes phrases au maximum afin de ne pas trop me fatiguer. Nous parlions de tout et de rien, une vraie conversation comme je n'en avais pas eu depuis longtemps. J'avais remarqué à son arrivée son air fatigué et las, lors d'un blanc dans la conversation je lui en demandais la raison.
- Sir', qu'y a-t-il ?
- Je suis fatigué, dit il en se passant la main devant les yeux. Figures toi que de te savoir à l'hopital, ce n'est pas de tout repos !
- La prochaine fois, j'essaierais de mieux choisir mon moment…
- Y aura pas de prochaine fois, d'accord ?!
Il avait presque hurlé cette dernière phrase. Ses yeux semblaient exorbités et son teint encore plus blanc qu'à l'accoutumée. J'avais sursauté et rentré ma tête dans les épaules. Je savais qu'il ne me ferait rien de mal mais j'avais tout de même eu peur de son coup d'éclat. Il se leva de son siège et commença à faire les cent pas devant la fenêtre.
- Je suis désolé, Petite Fée. C'est juste que…
- James ? Murmurais je pour l'inciter à continuer.
- Oui. Il s'en veut. Il m'a encore reproché de t'avoir invité à l'anniversaire de Rémus. Il m'a dit que Moore n'aurait jamais découvert ton existence si tu n'étais pas venue.
- …
- Un jour, j'en ai eu assez. Je lui ai mis mon poing dans… Il ne me parle plus depuis. Il ne parle plus à Rémus non plus. Il est axé sur Moore. Il veut le stopper. Il ne pense plus qu'à ça.
- Sir'…
- J'ai peur qu'il fasse quelque chose de stupide, de…
Au fur et à mesure de son monologue, je sentais un poids alourdir mes épaules. J'étais ravie qu'il se fasse du souci pour moi. Ca voulait dire que je comptais pour lui, au moins un peu. Mais je ne voulais pas qu'il commette d'actes irréfléchis…
Nous changeâmes rapidement de sujet. Sirius avait du voir que cela me contrariait. Il me parla de Quidditch puis des dernières enquêtes qu'il avait eues. Puis il me quitta en m'embrassant sur le fond quand l'infirmière vint avec mon plateau repas.
Alors qu'il allait passer la porte, je lui dis aussi fort que je pouvais :
- Dis à James, que je ne mérite pas qu'il meurt.

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