5 - Un Baiser
Nous étions au mois d'octobre et le rythme des devoirs était inchangé. Rémus et moi passions le plus clair de la semaine à la bibliothèque et le week end nous réussissions à grande peine à nous octroyer un après midi de libre. Les autres, d'abord nonchalant dans leur devoir, avaient vite pris exemple sur nous. Mais ils abandonnaient souvent les premiers, trop pressés d'aller faire une blague ou de partir s'entraîner au Quidditch.
- J'en reviens pas qu'après une semaine à aller tous les soirs à la bibliothèque, je sois encore là le dimanche !
- Sirius, tu as eu tout ton samedi de libre, n'oublies pas… dis je sans relevé la tête de mon parchemin.
Et cette conversation avait lieu tous les week-ends depuis le début de l'année, devenant ainsi une sorte de rituel du dimanche après midi.
Un vendredi soir, durant lequel je m'étais permise de faire une pause, je m'étais tranquillement installée dans le parc du château pour lire un livre quand je vis Noah venir vers moi. A sa démarche, je savais très bien qu'il serait question d'une blague de mes amis. J'eu un sourire. Contrairement à beaucoup de garçons de l'école, il n'en avait pas peur mais préférait me laisser la lourde charge de les réprimander. Il croyait peut être, et ce à tord, que mes mots auraient plus de poids.
- Lily, ils ont recommencé.
- Qu'ont-ils fait cette fois ci ? demandais je blasée.
- Tous les costumes de Rogue sont maintenant rose fluo…
Je soupirais. J'allais passer la prochaine heure à tenter de faire comprendre à deux gamins que les blagues les plus courtes étaient les meilleures et ce ne serait pas de tout repos. Même pendant deux mois dans un hôpital pour enfants, je n'avais pas ressenti autant de lassitude. Je vis Noah esquisser un sourire et reprendre la parole.
- Sinon, ton livre est intéressant ?
- Oui, et si je n'avais pas eu besoin d'arrêter ma lecture plusieurs fois à cause de soit disant amis, je l'aurais fini et je saurais enfin qui est le meurtrier.
- Oh, désolé de t'avoir importunée.
- Non, ce n'est pas grave. Puis toi au moins, tu ne m'as pas jeté à l'eau…
- Dans le lac ?
- Exactement.
- Elle doit être froide !
- Elle l'est, confirmais je en me relevant. Bon je vais aller faire la morale aux Maraudeurs qui n'hésiteront pas à recommencer j'en ai bien peur…
Nous avions continué de discuter sur le chemin du retour. Depuis un mois nous passions beaucoup de temps tous les deux et je l'appréciais vraiment beaucoup. Il était gentil, amusant et intelligent. Pourtant quelque chose manquait sans que je sache quoi exactement… Arrivés devant les escaliers, il se retourna vers moi.
- Lily, je me demandais, dans huit jours, il y a une sortie à Pré Au Lard…
- Oui… dis je pour l'inciter à continuer.
- Ca te dirait d'y aller avec moi ?
- J'en serais ravie !
Pour être franche, j'attendais avec un peu d'impatience qu'il me le propose. Bon d'accord, ce n'était pas motivé par les meilleures intentions. Je savais que James et Sirius seraient en compagnie de la conquête du moment et Rémus serait soit disant chez ses grands parents pour une visite. En réalité, il sera à l'hôpital pour son problème de lycanthropie. Je me retrouvais donc seule…
Toute rêveuse, j'avais donc pris la direction de la Tour Griffondor pour retrouver mes amis. J'en trouvais deux, jouant aux échecs mais nulle trace du troisième. Il devait encore être avec Marylin. Je pris place dans un fauteuil. Autant faire un pierre trois coups… J'attendrais le retour de James pour faire mon petit speech. Tout d'un coup, la voix de la Grosse Dame résonna dans la Salle. Elle se disputait avec un élève et s'ouvrit avec fureur pour laisser passer un James, le regard noir.
Les garçons qui n'avaient rien manqué de son retour fracassant me jetèrent un regard en coin. C'est bon, j'ai compris, c'est à moi d'aller le réconforter… Finalement il aura fallut un mois pour que les choses normales reviennent à leur place et que Marylin repousse James. Je ne comprendrais sans doute jamais pourquoi elle refusait de lui donner une chance. Il était beau, sympa, intelligent et marrant. Que demander de plus ?
Je m'extirpais du canapé pour monter vers le dortoir des garçons. Il est bizarre de dire que ce qui allait se passer ne me manquait pas du tout. Je n'aimais pas le James après un refus de Marylin. Il doutait de tout et même de lui alors qu'il n'en avait aucune raison. Autant c'était mignon quand il parlait d'elle les yeux brillant, autant la, il allait être pathétique… L'amour rend vraiment stupide. Pourquoi n'était il pas comme les autres garçons qui au bout de un ou deux refus passent à autre chose ?
J'ouvris la porte de leur dortoir, révélant un énorme fouillis de vêtements, de parchemins et d'objets par terre. Ils étaient loin d'être des maniaques du rangement et quand ils venaient avec l'une de leur conquête, le rangement se limitait à tout cacher sous les lits. J'étais certainement la seule fille de tout Poudlard à savoir que ces trois là étaient bordéliques.
Les rideaux du lit à baldaquin de James qui faisaient face à l'entrée, étaient tirés. Il faisait ça à chaque fois pour que si quelqu'un ouvrait la porte, il ne puisse pas voir l'état d'abattement dans lequel il se trouvait. Je refermais doucement la porte derrière moi en appelant doucement mon ami. Aucune réponse ne vint mais je savais très bien qu'il était là. Je fis le tour de son lit, il était assis sur le bord à jouer avec son vif d'or… D'habitude, il était allongé sur le dos à fixer son plafond et cela prenait une heure pour que je lui fasse dire un mot et là…
- Je croyais que cette fois ci, elle accepterait.
- Je le pensais aussi.
- Un mois… J'ai tenu un mois sans lui demander de sortir avec moi. Nous parlions tous les jours. Et ce soir, pour la troisième fois depuis septembre, nous nous sommes promenés dans le parc…
Mon cœur se déchira… Elle lui avait donné de gros espoirs sur ce coup là. Peut être devrais je aller lui parler ? Mais pour lui dire quoi ?
D'habitude, je me mettais à ses cotés sur le lit, contre lui en attendant qu'il sorte de ses songes. Mais que faire quand il parle déjà et que je n'ai aucune solution ni aucune phrase encourageante à lui dire ? Je le pris par le cou, lui faisant un câlin, espérant ainsi l'alléger de sa peine… Au moins un peu.
- Je ne sais pas quoi te dire, James, murmurais je pensive. Tu as tout fait pour elle. N'importe quelle autre fille aurait cédé.
- Même toi ?
Oh ça, c'était la question à ne pas poser. Pourquoi ? Parce que si je dis 'oui', je mens. Je n'aurais pas supporté ses demandes incessantes pendant deux ans. Et si je dis 'non', ça ne lui remontera pas forcément le moral.
- Oui.
- Menteuse !
- Oui… aussi. James, le harcèlement que tu lui as fait subir pendant deux ans, seules tes groupies en rêvent ! Mais je t'ai vu avec elle au début de l'année, tu lui as montré le vrai James, et là j'aurais cédé.
Waw ! J'avais réussi à dire tout cela sans rougir ni bégayer ! J'étais vraiment beaucoup moins timide qu'avant ! Et en plus, j'éprouvais une grande satisfaction en voyant le sourire de James.
- Ca veut dire que tu craques pour moi, P'ti Bout ?
Là, par contre, je sentis mes joues prendre la même teinte que mes cheveux et je baissais les yeux tout en m'écartant de lui. Finalement ma timidité n'était pas totalement envolée !
- Crétin !
- J'aime bien te voir rougir, dit il.
- J'avais déjà remarqué, pas la peine de le dire ! Marmonnais je toujours les yeux fixés sur le sol.
Deux doigts se posèrent alors sous mon menton me forçant à relever mon visage qui se trouva extrêmement proche de celui de James. Mon cœur s'affola dans ma poitrine. J'avais été des centaines de fois dans ses bras et là qu'il me tenait seulement le menton, j'étais gênée ! C'est le monde à l'envers. Et voilà maintenant ses lèvres sur les miennes ! J'écarquille les yeux devant ce geste pour le moins inattendu tout en le voyant s'écarter de nouveau.
Il m'avait volé un baiser et la seule chose que mon cerveau trouvait à répliquer à ça, c'était qu'il en voulait un vrai ! Nous étions toujours les yeux dans les yeux et aucun ne semblait vouloir faire un geste. Je sentais mes lèvres s'échauffer, pressées d'en recevoir un second. Par Merlin !!! Mais il s'agit là d'un de mes meilleurs amis !!!
Je n'eus pas le temps de réfléchir plus qu'il reposait de nouveau ses lèvres sur les miennes, les pressant délicatement. Une vague de chaleur me parcourut et mon cœur loupa un battement quand je sentis sa langue quémander l'entrée de ma bouche. Gémissant sous l'assaut, je l'ouvris, lui permettant d'approfondir le baiser. Je me sentais dans du coton et bientôt je mis mes bras derrière son cou pour le tenir plus proche de moi tandis que sa main dans mon dos me rapprochait de lui.
- James !
Nous fîmes un bond, nous séparant juste au moment où la tête de Sirius passait par les rideaux de l'autre coté du lit. Je redescendais sur terre et mesurais de plus en plus l'horreur de la situation. J'étais dorénavant moi aussi une fille qui avait cédé à l'un des Maraudeurs… Comment allais je pouvoir le regarder en face ?!
- Qu'est ce qu'il y a Sir' ?
Sa voix me fit frissonner. Il avait retrouvé toute son assurance alors que de mon coté je tremblais comme une feuille, incapable de mettre à la suite deux idées convenables. En plus, je n'avais personne à qui parler de tout cela et je ne savais pas ce que signifiait ce baiser… Je me raidis. Après chaque refus de Marylin, James avait pris l'habitude de se réfugier dans les bras de la première fille venue… Cette fois ci, ça avait été mon tour. Quelle cruche !
- En tant que Capitaine, tu avais demandé aux gars de venir en ce vendredi soir pour parler stratégie… Tu te rappelles ?
- Oh oui. Lily…
- Vas y, on en reparlera plus tard, dis je dans un souffle.
Il se leva et quitta la chambre sans un regard en arrière. Des larmes se formèrent dans mes yeux tandis que je m'allongeais sur le lit. Je n'aimais pas l'impression qu'il s'était servi de moi pour oublier une autre fille. Malheureusement je m'étais fait avoir… comme beaucoup d'autre avant moi.

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