Chez Mily

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2 - Des fournitures

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Je laisse cette question de côté avec les dizaines voire les centaines qui resteront sans réponse encore pendant quelques temps. Combien ? Je ne sais pas. J'ai des choses plus difficiles à faire avant. Je dois récupérer des affaires, un matelas, des couvertures… Cette pièce… Ce placard va devenir ma tanière.

 

J'ouvre la porte avec précaution. Je n'ai pas l'heure, ni aucun moyen de savoir qui trainent encore dans les couloirs. Par la fenêtre, je vois la lune, quelques étoiles. Il est normalement assez tard pour que seuls les préfets soient encore debout. Et encore…

 

Par contre, pour ce qui est des Maraudeurs…

 

Un frisson me parcourt. Les Maraudeurs. James, Sirius, Peter et Remus. Les Gryffondor les plus turbulents du moment. Mes exacts opposés. Ils riaient de tout, se moquaient de tout… Ma gorge se serre en repensant à ce matin.

 

Je secoue la tête. Puis mes lèvres se tordent en un sourire crispé. Je garde mes mauvaises habitudes. Je suis un « livre ouvert », comme disait mon père. « Lily, on voit sur ton visage ou dans tes yeux ce que tu penses ! » Merlin, qu'il me manque !

 

Je longe les murs, baguette à la main et oreilles aux aguets. Je connais bien le Château pour l'avoir parcouru en long et en large pendant six ans. Pour y avoir été préfète. Puis préfète en chef.

 

Je souris. D'un sourire certainement plus franc à l'idée que ça, elle ne me l'avait pas encore volé. En effet, les professeurs avaient décidé de m'ôter de mes fonctions le temps que je me remette sur pieds. J'avais ainsi gagné une petite semaine de paix.

 

J'arrive enfin devant le tableau de la Grosse Dame. Celui qui garde les appartements des Gryffondor. De ma maison. Je sais qu'une fois ouvert, je tomberais directement sur la salle commune. Sur les canapés où les élèves aimaient se prélasser. Où les Maraudeurs aimaient trainer jusque tard dans la nuit.

 

Le souvenir de ce matin me revient. Ses mots. Son attitude.

 

- Espèce de tas d'immondices ! avait-il hurlé, son beau visage tordu de rage. Je te ferai regretter…

 

Il n'avait pas fini. Il n'en avait pas besoin. Je savais déjà ce qu'il allait dire. Je savais déjà que je regretterais. Et la douleur qui me transperça à cette réalisation ne fut rien comparée à celle qui me poignarda en remarquant ma main. Celle du corps roux qui m'avait appartenu jusqu'à il y a peu. Ma main sur l'avant-bras de James.

 

Mon cœur se serre mais d'une façon différente. Ce n'est pas de peur. Non, un autre sentiment. Plus profond. Je secoue la tête pour revenir au moment présent. La grosse dame me fixe méchamment. Je sais qu'elle n'approuve pas ma présence à l'extérieure de la salle commune à cette heure tardive.

 

Mais qu'importe !

 

Je croise les doigts tout en prononçant le mot de passe. Merlin, fais que tout le monde soit couché ! J'entre à pas feutrés. Pas un bruit, je lance un sort pour assourdir mes pas. À l'aide d'une chaise, je bloque l'entrée pour être sûre de pouvoir ressortir.

 

Je jette un coup d'œil. La grosse dame s'est rendormie sans avoir réalisé qu'elle n'avait pas fermée totalement le passage. Bien !

 

Par quoi commencer ? Je ferme les yeux un moment alors que ma gorge se serre. D'abord, le nécessaire de survie : vêtements, livres, matelas et autres. Ensuite… Ensuite si mon courage ne m'a pas quitté, j'irais chercher la photo de mes parents et mon journal intime. Mes yeux s'ouvrent brusquement. Et si elle l'avait trouvé !

 

Je regarde autour de moi. Ma respiration s'accélère. À la mort de mes parents, un psychologue m'avait conseillé de… Et si elle s'en servait contre moi ? Ou contre d'autres ? Je fouille ma mémoire pour savoir ce que je peux y avoir écrit de compromettant. Rien. Je panique trop pour que mes idées soient claires.

 

Je m'appuie contre le mur le plus proche. Une heure dix du matin m'annonce l'horloge. Je traine beaucoup trop. Je fais un pas vers les escaliers, puis deux… Je sens mon cœur battre de plus en plus fort.

 

Je monte jusqu'au dortoir de Stacy. J'inspire et j'entre. Il ne faut plus perdre de temps. Je vois tout de suite le lit vide grâce à la clarté de la nuit. Au moins la lune est de mon côté. J'esquisse un sourire à cette idée. Il doit ressembler à une grimace mais tant pis.

 

Je prends le sac que je sais lui appartenir et lance des sorts de rétrécissement, d'allègement. Le matelas, la couette, les livres, une montre… Je tente l'armoire directement mais rien. Poudlard ne me facilite pas la tache. Ou presque.

 

Quand j'ouvre les portes après avoir insonorisé les gonds pour le cas où ils grincent, je remarque que tous les vêtements sont rapetissés. Je les mets dans le sac sur mon épaule.

 

Dans la salle de bains, j'hésite. Je suis tentée de prendre une douche pour effacer les traces de cette journée. Je réfléchis. Non, ce ne serait pas prudent. Je trouverais une autre solution. Je saisis une serviette propre, un gel de douche et un shampooing au hasard. Tant pis si ce ne sont pas ceux de Stacy.

 

Je fais la liste de ce qui se trouve dans mon sac… Ça devrait aller. Je me faufile à l'extérieur de la chambre. Je referme la porte et pousse un profond soupir. Une bonne chose de faite ! Je tends l'oreille. Toujours pas de bruit.

 

Je regarde un peu plus haut la porte de mon dortoir. Elle doit être là. Dans mon lit. Avec mes amies autour d'elle. Je sens des larmes se former. Il faut que j'agisse. Que j'arrête de penser à tout cela pour me concentrer.

 

La photo de mes parents. Mon journal intime. Voilà tout ce que je veux.

 

J'inspire un grand coup ce qui est de plus en plus difficile vu le nœud que j'ai à la gorge. Allez, c'est bientôt fini !

 

Je tourne la poignée. J'entends la clenche. Nous y sommes. Je vois des formes allongées. Des ronflements légers. Vite. Je dois faire vite.

 

En deux enjambées, je suis près de mon lit. J'ouvre le tiroir de ma table de chevet pour prendre la photo de mes parents. Je la glisse dans la poche contre mon cœur. Cela me donne un relent d'énergie. Je ne suis plus toute seule !

 

J'en profite pour prendre mon flacon de parfum. Celui que je mets tous les jours. Celui que ma mère m'a offert pour mon dernier anniversaire.

 

- Une jeune fille se doit de sentir bon, ma chérie !

 

J'avais ri. Je lui avais demandé si elle trouvait que je sentais mauvais.

 

- Quand un garçon tombera amoureux de toi, il te reconnaitra à ton odeur ! Il en deviendra dépendant ! avait-elle ajouté avec un clin d'œil.

 

J'avais pouffé de rire en pensant à lui.

 

Je secoue de nouveau la tête. Je n'ai pas le temps pour ça ! Je plongerais dans mes souvenirs quand je serais à l'abri !

 

Je lance un sort sous mon lit pour enlever la sécurité qui entourait mon journal intime. Qui tombe par terre malgré la main que j'avais glissée pour le rattraper. Le bruit est léger. Mais le ronflement s'est arrêté. Je le saisis vite. Me redresse. Deux yeux que je sais verts, me fixent.

 

- Qu'est-ce que tu fous là ? grogne-t-elle doucement.

 

Sans plus réfléchir, je lui crache au visage et m'enfuis. Je l'entends hurler, réveiller tout le monde pendant que je dévale les escaliers. Pitié, faites que je puisse retrouver mon placard !

 

Je traverse la salle commune à fond de train. Mon journal intime fermement dans ma main. Je saute à l'extérieur de la Tour de Gryffondor tout en poussant la chaise pour que le passage se referme derrière moi. Je cours à en perdre haleine. Je n'entends pas de pas derrière moi mais je ne vérifie pas.

 

Mon rythme diminue. Je ne suis pas une grande sportive. Je ne suis même pas du tout sportive. Je pose ma main contre un mur. J'ai réussi. J'ai réussi ! Si mes poumons ne menaçaient pas de sortir de ma cage thoracique, je sauterais bien de joie.

 

À la place, j'ouvre mon placard que je referme avec un léger sourire.

 

Je sors toutes les affaires que j'ai pu prendre et leur redonne taille normale. La pièce est bondée mais je pourrais vivre avec. Je colle en hauteur la photo de mes parents. Ils veilleront sur moi. Jusqu'au retour de Dumbledore. Il est mon unique espoir.

 

Parce qu'il faut bien se rendre à l'évidence, je ne trouverais jamais le sort dans tous les livres de la bibliothèque. Je n'aurais pas non plus le temps de m'entrainer si par chance, je le trouvais. Trois semaines. Je dois juste tenir trois longues semaines.

 

Je me change pour me mettre au lit.

 

Comment vais-je faire pour tenir aussi longtemps ?

 

De nouveau des larmes se forment dans mes yeux mais cette fois-ci, je les laisse s'écouler le long de mes joues. Ca ne sert à rien de les retenir. Et puis elles me permettent de m'endormir. Fatiguée par cette journée.

 

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08/06/2012
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